Margaret Killjoy a débarqué dans les rayons des librairies françaises avec son roman “Un pays de fantômes”. S’il était assez classique dans sa narration, il permettait de découvrir cette autrice transgenre qui vit dans une communauté anarchiste des Appalaches. Elle est forcément légitime pour aborder les questions relatives à ces sociétés alternatives. “L’agneau égorgera le lion” est le premier tome d’une série de novellas autour du personnage de Danielle Cain.

Danielle Cain bourlingue sur la route. Après le suicide de son meilleur ami, elle rejoint la communauté anarchiste de Freedom, dans l’Iowa. Protégé par un esprit protecteur prenant la forme d’un cerf rouge carnivore, le petit groupe d’habitants s’entre déchire tandis que la violence gronde.

On découvre tout d’abord cette communauté basée sur l’entraide, le troc et la bonne volonté de chacun. L’argent n’a pas cours à Freedom, les unions sont libres et chacun peut devenir celui qu’il souhaite être. La novella est un peu courte pour entrer dans les détails du monde de vie anarchiste, mais pose un cadre passionnant pour quiconque s’interroge sur les sociétés qui s’affranchissent des entraves capitalistes et matérialistes pour atteindre la liberté.

L’intrigue quant à elle va à l’essentiel. Menée tambour battant, elle plonge allègrement dans le fantastique rural à la Stephen King jusqu’à l’horreur. Ce chamanisme primitif colle tout à fait à l’ambiance reculée de cette communauté isolée. La novella se lit d’une traite et on s’attache aux personnages, même si leur nombre rend difficile leur développement sur un nombre de pages si court.

Pour conclure, “L’agneau égorgera le lion” est une belle promesse. J’espère que Margaret Killjoy creusera son concept plus en avant dans la suite, déjà disponible aux US et en début d’année prochaine chez nous. Il n’en reste pas moins que l’autrice américaine porte une voix atypique dans le paysage de l’imaginaire contemporain et inspirée par ses convictions politiques et sociétales. Le genre de plume en marge des carcans qu’il faut découvrir absolument.

Édité dans la collection ReciFs des éditions Argyll.


Leave a comment